Thématique
Crise de l’habitat urbain et conflit des modèle : Propriété individuelle et auto-construction
La doctrine de la propriété individuelle — du moins appliquée au foncier— est récente en Afrique de l’Ouest. Sa nouveauté se lit encore dans les frictions persistantes entre les codes fonciers et domaniaux d’un côté, et les droits coutumiers de l’autre, en particulier dans les territoires ruraux et périurbains. Cette tension n’est pas anecdotique : elle révèle un basculement profond, un monde où cohabitent encore des visions multiples de la terre — l’une héritée, collective, ancestrale ; l’autre moderne, codifiée, exclusive.
Pendant que ce débat silencieux se poursuit, les villes, elles, explosent. Dakar passe de 400 000 habitants en 1960 à 4 millions en 2023.Conakry, de 50 000 habitants en 1958 à 2,2 millions aujourd’hui. Ces chiffres ne sont pas que des courbes sur un graphique : ils incarnent le défi quotidien de métropoles qui grandissent plus vite qu’elles ne se construisent.
Face à cette poussée démographique, les politiques de logement n’ont pas suivi. Dans certains cas, elles sont insuffisantes ; dans d’autres, elles sont tout simplement absentes. Les populations sont alors laissées à elles-mêmes. Elles inventent, elles s’adaptent, elles bâtissent. Et surgissent des quartiers spontanés, des bidonvilles en lisière des centres, des lotissements de fortune qui nourrissent l’étalement urbain et épuisent les ressources foncières et naturelles.
Ce modèle d’urbanisation — qui structure aujourd’hui le Sénégal et la Guinée — alimente les débats, mobilise les chercheurs, interpelle les décideurs. Il exige un engagement fort, intellectuel et pratique. Il impose d’agir simultanément sur l’architecture, sur les formes urbaines, sur la qualité des constructions. Car penser ne suffit plus : il faut faire.
Dans ces deux pays, la pénurie de logements sociaux est structurelle. Elle est partiellement compensée par l’auto-construction, pratiquée par près de 70 % des ménages — des ménages qui évoluent souvent en dehors du circuit économique formel et qui ne trouvent aucune offre de logement accessible et adaptée dans le marché conventionnel.
Nous savons qu’aucune solution sérieuse ne pourra émerger sans une vision à long terme. Mais à court terme, une action concrète s’impose : accompagner les propriétaires de villas urbaines — souvent auto-construites, souvent inachevées faute de moyens — pour atteindre un minimum de salubrité, de confort, de dignité.
Il faudra une masse critique de villas et de logements réhabilités ou construits pour faire émerger un modus operandi reproductible à grande échelle. Un modèle enraciné dans la réalité des pratiques locales, mais capable de transformer ces pratiques en une dynamique collective.
En parallèle, une réflexion dépassant l’échelle de la parcelle est indispensable. Elle devra être menée avec les collectivités locales, les coopératives d’habitants, les associations de quartiers. Elle devra porter non seulement sur les logements, mais aussi sur les équipements, les services, les espaces publics. Elle devra faire émerger une conscience commune : celle des enjeux climatiques, énergétiques, socio-économiques et citoyens liés à la production de l’habitat.
Ici, nous affirmons que le logement n’est pas seulement un besoin— c’est un levier politique, social, culturel. Il est la condition d’une ville juste, durable et vivante. Il est le lieu où se tisse, pierre après pierre, la dignité collective.
Pendant que ce débat silencieux se poursuit, les villes, elles, explosent. Dakar passe de 400 000 habitants en 1960 à 4 millions en 2023.Conakry, de 50 000 habitants en 1958 à 2,2 millions aujourd’hui. Ces chiffres ne sont pas que des courbes sur un graphique : ils incarnent le défi quotidien de métropoles qui grandissent plus vite qu’elles ne se construisent.
Face à cette poussée démographique, les politiques de logement n’ont pas suivi. Dans certains cas, elles sont insuffisantes ; dans d’autres, elles sont tout simplement absentes. Les populations sont alors laissées à elles-mêmes. Elles inventent, elles s’adaptent, elles bâtissent. Et surgissent des quartiers spontanés, des bidonvilles en lisière des centres, des lotissements de fortune qui nourrissent l’étalement urbain et épuisent les ressources foncières et naturelles.
Ce modèle d’urbanisation — qui structure aujourd’hui le Sénégal et la Guinée — alimente les débats, mobilise les chercheurs, interpelle les décideurs. Il exige un engagement fort, intellectuel et pratique. Il impose d’agir simultanément sur l’architecture, sur les formes urbaines, sur la qualité des constructions. Car penser ne suffit plus : il faut faire.
Dans ces deux pays, la pénurie de logements sociaux est structurelle. Elle est partiellement compensée par l’auto-construction, pratiquée par près de 70 % des ménages — des ménages qui évoluent souvent en dehors du circuit économique formel et qui ne trouvent aucune offre de logement accessible et adaptée dans le marché conventionnel.
Nous savons qu’aucune solution sérieuse ne pourra émerger sans une vision à long terme. Mais à court terme, une action concrète s’impose : accompagner les propriétaires de villas urbaines — souvent auto-construites, souvent inachevées faute de moyens — pour atteindre un minimum de salubrité, de confort, de dignité.
Il faudra une masse critique de villas et de logements réhabilités ou construits pour faire émerger un modus operandi reproductible à grande échelle. Un modèle enraciné dans la réalité des pratiques locales, mais capable de transformer ces pratiques en une dynamique collective.
En parallèle, une réflexion dépassant l’échelle de la parcelle est indispensable. Elle devra être menée avec les collectivités locales, les coopératives d’habitants, les associations de quartiers. Elle devra porter non seulement sur les logements, mais aussi sur les équipements, les services, les espaces publics. Elle devra faire émerger une conscience commune : celle des enjeux climatiques, énergétiques, socio-économiques et citoyens liés à la production de l’habitat.
Ici, nous affirmons que le logement n’est pas seulement un besoin— c’est un levier politique, social, culturel. Il est la condition d’une ville juste, durable et vivante. Il est le lieu où se tisse, pierre après pierre, la dignité collective.