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Il est désormais admis, dans les cercles savants, qu’il existe quelque chose que l’on nomme « la ville africaine ». Une entité qui, derrière une apparente unité, révèle une mosaïque de formes, de rythmes et de vies singulières. Pourtant, cette ville reste trop souvent fantasmée, caricaturée, projetée comme l’ombre d’un modèle occidental.On la raconte comme un chaos, parce que l’on s’entête à la regarder depuis des grilles qui ne sont pas les siennes. On l’accuse d’être en crise permanente, hantée par le manque — manque d’eau, de ressources, d’électricité, de démocratie, d’urbanité. On la juge à l’aune d’un idéal importé, sans la comprendre ni l’écouter.Car la ville coloniale, bâtie pour obéir à une économie européenne formelle et rigide, s’est longtemps tenue face aux villages africains, régis par d’autres règles, souvent méconnues, parfois souterraines, toujours vivantes. Deux mondes côte à côte, sans vraiment se mêler.Et puis, la démographie a jailli, la mondialisation a débordé, et de cette rencontre improbable est née la ville africaine contemporaine. Dakar, Conakry, Kinshasa, Abidjan : autant de noms que l’on croit différents, mais qui portent en elles des défis jumeaux, des aspirations communes, un horizon partagé.Aujourd’hui, le monde semble s’être refermé sur deux extrêmes :l’urbanisme ultraformel, rigide, planifié jusqu’à l’obsession ;l’urbanisme informel, libre, inventif, souvent contraint à l’ombre. Entre ces deux pôles, une autre voie s’esquisse. Une voie qui n’a pas encore été pleinement nommée mais que chacun perçoit intuitivement : un urbanisme à la fois maîtrisé et mouvant, dessiné mais capable de se réinventer, ample mais dense, structuré mais sensible.Cette voie existe déjà, tapie dans les pratiques quotidiennes, dans les parcelles qui se négocient, se densifient, s’adaptent. Elle emprunte à la planification la clarté, l’ordonnancement, les infrastructures essentielles. Elle emprunte au village la proximité, l’épaisseur humaine, la capacité d’optimisation née de la spontanéité et de l’ingéniosité.C’est une voie où la liberté de chaque parcelle devient une force collective. Où les règles ne sont pas imposées de l’extérieur, mais comprises, partagées, respectées parce qu’elles font sens et répondent à des impératifs universels sanitaires, sociaux, climatiques.Où l’urbanisme n’est plus un modèle importé, mais une écriture commune, façonnée par la réalité de ceux qui habitent, construisent et transforment.Ce manifeste appelle à reconnaître cette intelligence enfouie, cette créativité quotidienne, cette capacité d’organiser le désordre apparent pour produire une ville plus efficace que bien des matrices orthodoxes.Il appelle à renverser le regard.À cesser de voir le manque et à commencer à voir la puissance.À ne plus opposer la planification au spontané, mais à les faire dialoguer.À bâtir une ville africaine qui n’imite rien, mais qui s’invente elle-même, pleinement, radicalement.Parce qu’entre les deux mondes - celui des plans rigides et celui des trames vivantes - se trouve la villede demain.Une ville déjà là, qu’il suffit maintenant d’assumer, de comprendre et de révéler.

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La ville africaine à l’épreuve des préjugés

Nous avons tous en tête cette image familière : celle des marchés africains foisonnants, qui s’étendent et s’infiltrent comme une tâche d’huile dans les rues, réinventant à chaque pas les usages et les rapports entre ceux qui y vivent, y marchent, y roulent, y vendent.Là, se croisent bon gré mal gré toute une constellation d’usagers, et avec eux une multitude de manières d’habiter la rue.Pourtant, les administrations — centrales comme déconcentrées— persistent à voir dans ces dynamiques un acte de transgression. Elles opposent à cette vitalité une vision étriquée, presque burlesque, de l’espace public : un lieu où l’on doit circuler, surtout ne pas s’attarder, surtout ne pas s’approprier.Et face à ce qu’elles jugent être un débordement, leur réponse reste trop souvent la même : l’interdiction. La police comme barrière. Les dispositifs dissuasifs — bornes en béton, balises, grilles — comme ultime horizon d’aménagement. Comme si la rue devait être protégée de ses propres habitants.Mais la rue n’est pas un décor figé. C’est un organisme vivant, traversé de forces opposées, animé d’usages que d’aucuns croient incompatibles.Nous affirmons au contraire un principe simple et essentiel : «Chacun son espace, chacun son temps. »Cela implique de repenser l’espace public non comme un terrain de conflits mais comme un espace de coexistence négociée, où marchands, piétons, deux roues et voitures trouvent leur place —non pas simultanément, mais selon des temporalités changeantes. Car la rue n’a jamais été monotone. Elle est diurne et nocturne. Elle vibre différemment en semaine et le week-end. Elle se transforme selon les saisons, les fêtes, les besoins, les urgences. Elle est, par essence, variable et plurielle.Il est temps de reconnaître cette plasticité et d’y agir, même lorsque les politiques publiques s’y montrent indifférentes, voire aveugles. Il est temps d’interroger ces espaces que l’on croit saturés ou perdus, alors qu’ils regorgent de potentiels, de solutions, de futurs possibles.Nous appelons à regarder la rue telle qu’elle est : un lieu de partage, de négociation et de créativité collective.Un lieu que l’on ne doit pas contraindre à la rigidité, mais accompagner dans sa vitalité.

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La rue africaine - l’espace public en question!

S’il est une chose qui s’efface à mesure que s’accélèrent nos vies et que se contractent le temps et l’espace, c’est bien notre rapport à la terre. Comment espérer un avenir meilleur sans perdre ce lien fragile avec le sol, avec le déjà-là, avec ce qui nous précède et nous fonde? L’architecte avance dans ce monde d’ambivalences, marchant sur un fil tendu entre l’urgence du futur et la mémoire du lieu. La terre change, le monde se transforme ; notre responsabilité consiste pourtant à continuer d’écrire l’histoire, à inventer de nouveaux territoires d’action.Interroger notre rapport au monde, c’est questionner la relation entre les lieux que nous bâtissons et le vivant — dans leur capacité à produire de nouveaux imaginaires, de nouveaux récits, de nouvelles manières d’habiter.Car nous sommes, par notre condition même, des êtres jetés dans le monde. Par nos corps, nous faisons l’expérience du proche et du lointain, du chaud et du froid, du plein et du vide. Et ce flot de sensations, nous le partageons avec d’autres, au sein d’une communauté humaine faite de cités, de cultures, de langues, de rites, de gestes, tous différents et pourtant liés.C’est dans cette diversité que se déploie notre expérience du milieu; c’est aussi là que se révèle notre fragilité. Dès lors, notre travail ne peut plus se limiter à affirmer la différence ou à la nier. Il s’agit d’assumer la complexité du monde et d’entrer dans une négociation permanente.Par le projet, nous explorons une voie alternative : créer des lieux qui font sens pour celles et ceux qui les habitent, et non pour satisfaire une esthétique désincarnée ou une abstraction universelle.Notre métier nous oblige désormais à plus d’humilité, plus d’empathie. Le temps des grands gestes est révolu. Nous entrons — ou revenons — dans l’ère de la co-production deslieux, avec et pour les autres et le lieu n’a de sens pour ses habitantsque s’il leur est familier.Cette familiarité n’est ni la répétition de formes connues, ni la juxtaposition de signes convenus, ni la copie d’archétypes.Elle est ce qui donne à un bâtiment une présence, une densité, une capacité à résister au temps — passé, présent et futur. Elle est nourrie par la mémoire des lieux que nous habitons… etqui, d’une certaine façon, nous habitent en retour. Elle s’ancre aussi dans les objets et les pratiques du quotidien, auxquelsnous nous identifions sans même y penser.Choisir cette voie: C’est s’éloigner volontairement de la tentation mondialiste, celle qui fige l’architecture dans une image et lui arrache sa vitalité. C’est affirmer une architecture vivante, située, capable d’accueillir la diversité des expériences humaines.C’est, par la matière et par le geste, renouer avec ce qui nous relie les uns aux autres, et tous à la terre.

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Habiter la terre : Des lieux, des corps, des rites et des rituels

La doctrine de la propriété individuelle — du moins appliquée au foncier— est récente en Afrique de l’Ouest. Sa nouveauté se lit encore dans les frictions persistantes entre les codes fonciers et domaniaux d’un côté, et les droits coutumiers de l’autre, en particulier dans les territoires ruraux et périurbains. Cette tension n’est pas anecdotique : elle révèle un basculement profond, un monde où cohabitent encore des visions multiples de la terre — l’une héritée, collective, ancestrale ; l’autre moderne, codifiée, exclusive.Pendant que ce débat silencieux se poursuit, les villes, elles, explosent. Dakar passe de 400 000 habitants en 1960 à 4 millions en 2023.Conakry, de 50 000 habitants en 1958 à 2,2 millions aujourd’hui. Ces chiffres ne sont pas que des courbes sur un graphique : ils incarnent le défi quotidien de métropoles qui grandissent plus vite qu’elles ne se construisent.Face à cette poussée démographique, les politiques de logement n’ont pas suivi. Dans certains cas, elles sont insuffisantes ; dans d’autres, elles sont tout simplement absentes. Les populations sont alors laissées à elles-mêmes. Elles inventent, elles s’adaptent, elles bâtissent. Et surgissent des quartiers spontanés, des bidonvilles en lisière des centres, des lotissements de fortune qui nourrissent l’étalement urbain et épuisent les ressources foncières et naturelles.Ce modèle d’urbanisation — qui structure aujourd’hui le Sénégal et la Guinée — alimente les débats, mobilise les chercheurs, interpelle les décideurs. Il exige un engagement fort, intellectuel et pratique. Il impose d’agir simultanément sur l’architecture, sur les formes urbaines, sur la qualité des constructions. Car penser ne suffit plus : il faut faire.Dans ces deux pays, la pénurie de logements sociaux est structurelle. Elle est partiellement compensée par l’auto-construction, pratiquée par près de 70 % des ménages — des ménages qui évoluent souvent en dehors du circuit économique formel et qui ne trouvent aucune offre de logement accessible et adaptée dans le marché conventionnel.Nous savons qu’aucune solution sérieuse ne pourra émerger sans une vision à long terme. Mais à court terme, une action concrète s’impose : accompagner les propriétaires de villas urbaines — souvent auto-construites, souvent inachevées faute de moyens — pour atteindre un minimum de salubrité, de confort, de dignité.Il faudra une masse critique de villas et de logements réhabilités ou construits pour faire émerger un modus operandi reproductible à grande échelle. Un modèle enraciné dans la réalité des pratiques locales, mais capable de transformer ces pratiques en une dynamique collective.En parallèle, une réflexion dépassant l’échelle de la parcelle est indispensable. Elle devra être menée avec les collectivités locales, les coopératives d’habitants, les associations de quartiers. Elle devra porter non seulement sur les logements, mais aussi sur les équipements, les services, les espaces publics. Elle devra faire émerger une conscience commune : celle des enjeux climatiques, énergétiques, socio-économiques et citoyens liés à la production de l’habitat.Ici, nous affirmons que le logement n’est pas seulement un besoin— c’est un levier politique, social, culturel. Il est la condition d’une ville juste, durable et vivante. Il est le lieu où se tisse, pierre après pierre, la dignité collective.

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Crise de l’habitat urbain et conflit des modèle : Propriété individuelle et auto-construction

Le secteur de la construction traverse une mue profonde. Peu à peu, les techniques et les technologies traditionnelles — celles qui dialoguaient avec la terre, la paille, le bois, le vent, l’eau, le climat —sont délaissées au profit de solutions dites « modernes », souvent importées, rarement maîtrisées, trop coûteuses et souvent inadaptées aux réalités du terrain. Le béton, devenu parpaing, est désormais considéré comme un matériau local, presque naturel. Il est aujourd’hui, pour beaucoup, la seule option techniquement et économiquement accessible, y compris lorsqu’il se révèle contre-productif.Pourtant, la construction en terre pourrait être le véritable tremplin vers une production massive de logements durables, abordables, résilients, avec une empreinte carbone maîtrisée. Pourquoi peine-t-elle à s’imposer ?Parce que les acteurs du secteur sont peu qualifiés pour porter un modèle alternatif. Parce que les artisans maîtrisant les savoir-faire ancestraux se raréfient. Parce que la chaîne de valeur est pensée pour l’importation, pas pour l’invention.En Guinée comme au Sénégal, des centres métiers du bâtiment existent. On pourrait y célébrer les savoir-faire locaux, mais ils sont trop souvent éclipsés par des technologies modernes, séduisantes en apparence, inaccessibles en pratique. Il est urgent d’imaginer autre chose : une démarche de recherche appliquée, un atelier hors les murs, un espace de fabrication du projet architectural inspiré de l’esprit de Ravereau et de son « atelier du désert ».Un lieu d’expérimentation où l’on teste des solutions locales, où l’on met à l’épreuve la matière, où l’on conçoit dans un processus itératif un progrès négocié, ajusté au réel. Un lieu qui n’a pas peur de recommencer, d’apprendre, de se tromper, de transformer. Des initiatives existent déjà. Nous voulons aller plus loin :→ en développant des prototypes sur des projets de rénovation et de réhabilitation de villas urbaines ;→ en substituant progressivement le béton par des matériaux naturels et accessibles ;→ en préparant une montée en échelle sur des projets plus ambitieux;→ en professionnalisant les artisans dans tous les corps de métier.Car ce n’est qu’en bâtissant une masse critique de gestes, de pratiques, de savoir-faire que nous pourrons créer une filière nouvelle, populaire, durable.Oui, cela sort du schéma classique de la maîtrise d’œuvre, où l’architecte conçoit mais ne réalise pas, pour des raisons de responsabilité ou d’assurance.Mais il ne s’agit pas de renier la discipline architecturale. Il s’agit de la réancrer. De la ramener au contact de la matière, des gestes, des climats,des nécessités, des modes de vie.De faire de l’architecture non seulement un art ou une technique,mais un processus vivant, partagé, nourri par les archétypes locauxtout autant que par les inventions à venir.Nous appelons à une architecture qui n’oppose plus tradition et modernité, mais les articule. Une architecture qui ne subit plus les technologies, mais qui les choisit. Une architecture qui ne s’impose pas au territoire, mais qui s’accorde avec lui.Une architecture qui écoute, qui apprend, qui fabrique — et qui, ce faisant, réinvente.

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Savoir-faire, artisanat et matière

Nous croyons que la richesse de notre métier réside dans notre capacitéà construire des mondes vivants, ouverts, métissés, capablesde résister aux visions académiques figées comme aux nostalgiesd’un passé anhistorique.Notre quête est celle de l’universel — mais d’un universel situé, ancré,nourri par un territoire. Nous aspirons à bâtir au-delà des frontièrestout en demeurant profondément locaux.À l’image de l’architecture moderne acclimatée aux rythmes deslieux où elle s’est implantée, nous imaginons notre propre pratiquecomme un processus continu, fait de tâtonnements, d’expérimenta-tions, d’ajustements, dont la visée ultime est d’inventer, ou tout aumoins de favoriser l’émergence, de nouvelles conditions locales.Nous défendons une architecture qui puise ses forces dans le territoire,à rebours des tendances au pastiche localiste ou aux effets demode globalisés.Car il est illusoire — et dangereux — de vouloir enfermer l’architecture dans un passé qui ne reviendra pas. Nos modes de vie changent, nos manières d’habiter se transforment, se métissent, s’enrichissent : l’architecture doit accompagner ce mouvement, et même l’amplifier.Habiter n’est pas seulement disposer d’un toit : c’est une condition existentielle. C’est la première mesure de notre humanité.Bâtir un habitat est donc l’acte le plus complexe et le plus noble qui nous soit donné. Ménager l’habitat : voilà notre posture.L’un des grands défis de notre temps est d’apprendre à penser complexe, fractal et frugal : saisir l’urbain comme un système, reconnaître la diversité des problématiques à chaque niveau de réflexion. L’autre défi est d’intégrer l’imbrication des échelles : penser simultanément le global et le local, s’installer à l’endroit précis où ils s’entre-mêlent. Les enjeux sont immenses et déjà visibles dans les prémices de l’urbain africain à venir.Il faudra penser :Les corps, d’abord : non comme marchandises mais comme unités symboliques et sensibles de mesure du monde.La mobilité, ensuite : elle sera une réalité inéluctable, choisie ou subie ; il faudra en ménager les forces, à toutes les échelles — domestique, régionale, internationale.Le climat, enfin : paradigme majeur du siècle. Les chaleurs extrêmes,les pluies diluviennes ne sont plus des hypothèses maisdes réalités. L’inquiétude face au péril de la civilisation doit nouspousser à penser le monde comme un bien commun et à agir en cesens.L’architecture — tout comme la science de la ville — est cette disciplinesingulière qui, dans le concert des arts, engage des fragmentsde vie, des récits intimes, des mémoires partagées. Elle est uneinvitation à l’ouverture : s’ouvrir à soi, s’ouvrir aux autres, assemblerdes formes et des flux jusqu’à atteindre l’inattendu, l’imprévisible —ce lieu indicible à l’abri de la seule raison.C’est là, dans cet espace que nous nommons aussi « l’universel »,que se déploie notre travail.Être architecte, pour nous, c’est transcender les différences sans les effacer. C’est construire des ponts, des liens entre des mondes. C’est faire converger des modes de vie et des conceptions de l’espace sans jamais nier leur singularité.C’est explorer d’autres imaginaires, imaginer des futurs possibles— par le verbe comme par la matière — avec le souci constant déménager le Vivant et la Vie.

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Décoloniser l’architecture: Regarder l’avenir - voir loin, voir large
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